De retour de son repérage en Éthiopie, où deux nouveaux voyages vont bientôt voir le jour, notre chargé de production Alexandre nous conte son aventure dans cette contrée riche d'un patrimoine culturel et naturel unique. Laissez-vous transporter par son récit, des monts Choké au volcan du Dallol…
L’Éthiopie, terre mythique et bouleversante, qui se brise dans le Grand Rift Africain... C’est un véritable particularisme en Afrique : commencée il y a 30 millions d’années, la formation du Grand Rift Africain qui s’étend sur plus de 6 000 kilomètres, a façonné ces territoires. La pression magmatique a fait se soulever l’écorce terrestre, où des couches successives de basalte et de tuf se sont accumulées pour former ces reliefs déconcertants. L’érosion, parallèlement, a fait son œuvre et se poursuit inlassablement pour créer un décor spectaculaire, époustouflant. Dans les hauteurs des hauts plateaux d’Abyssinie, le panorama est à couper le souffle.
Seul pays d’Afrique à n’avoir jamais été colonisé au cours de son histoire, l’Éthiopie a pendant tout ce temps su préserver la religion chrétienne orthodoxe quasiment telle qu’elle existait à son origine. À plusieurs moments, voyager en Éthiopie s’apparente donc à voyager dans le temps. Depuis les prémices du « berceau de l’humanité », où notre ancêtre commun l’australopithèque Lucy a été retrouvée, à la genèse de la formation tellurique, notamment sur le site du volcan du Dallol où l’on sent la terre vivre sous nos pieds, puis à la naissance de la civilisation axoumite où les légendes de la Reine de Saba et de l’arche d’alliance prennent leur essor... En somme, l’Éthiopie est un pays vraiment à part en Afrique, empli de mysticisme et foisonnant d’un patrimoine culturel millénaire surprenant à plus d’un égard.
Dans ce blog voyage Éthiopie, nous vous proposons une traversée entre géologie, histoire, spiritualité et rencontres humaines.
Au sommaire
Immersion au cœur des monts Choké
L’aube se lève sur les monts Choké, et à cette hauteur, la brume matinale nous submerge de toute part. Après les pluies d’octobre, toute la région est recouverte de Red Hot Pokers, ces fleurs orangées qui s’érigent par centaines telles des torches qui viennent glorifier le paysage. Les hommes et les femmes cheminent en silence vers la cuisine en plein air, emmitouflés de couvertures, pour commencer la préparation du café. Au pays qui se targue d’avoir été le premier à découvrir la fameuse boisson chaude, boire un café revêt ici tout un rituel, une cérémonie qui s’exécute selon des codes précis. La célèbre route du Nord est certes époustouflante, mais elle mérite un petit détour par ces montagnes situées à 3 000 mètres d’altitude, à la source du Nil Bleu, pour se tenir à l’écart des sentiers touristiques et vivre quelques jours dans ces hautes terres verdoyantes.
Valérie et Abiy sont les fondateurs de l'écolodge où nous restons, un projet communautaire qui existe depuis 2018, et qui englobe les deux villages à qui appartiennent ces terres. En tout, ce sont plus de 200 agriculteurs et leur famille qui se sont impliqués en cédant ces terres dévolues au pâturage pour y construire des « Gojo Bet », maisons traditionnelles éthiopiennes, en terre battue et toits en paille dans lesquelles nous logeons. Tous sont construits et conçus par la communauté avec des matériaux cultivés et fournis par elle : bambou, terre, paille, bois et pierre. Ils sont équipés de toilettes sèches et de douches en plein air où l’eau est chauffée au soleil. Les murs sont peints avec une peinture à la craie naturelle collectée dans les montagnes environnantes, qui rend ainsi les chambres lumineuses et confortables. Les locaux donnent maintenant plus de valeur à ces techniques de construction anciennes.
Il existe un très fort sentiment de communauté entre les agriculteurs. Une ancienne tradition dans cette région dit que chaque agriculteur devrait faire partie d’une association. « Meraber » est un groupe d’agriculteurs qui se rencontre pour une célébration mensuelle et qui crée des liens solides entre les habitants du village. Cette association fonctionne comme une assurance pour les membres : ils s’occupent les uns des autres, collectent de l’argent pour des vacances à passer ensemble, et s’entraident pour tous les besoins individuels et collectifs, par exemple la construction d’une école ou d’une maison. Dans un pays où dormir chez l’habitant est culturellement compliqué, cet endroit semble le parfait compromis pour vivre en étroite collaboration avec les habitants et partager des moments de vie à leurs côtés.
On a notamment l’occasion de partager nos repas avec eux. Comme dans tout le pays, la base de l’alimentation est l’injera, une sorte de galette fermentée à base de tef, une céréale sans gluten originaire de la Corne de l’Afrique. C’est l’aliment le plus populaire qui sert de base à tous les repas. Les agriculteurs locaux cultivent également tout un tas de légumes savoureux, tous 100 % biologiques et cultivés localement. Ici, on utilise des fourchettes naturelles : nos mains ! L’écolodge soutient les agriculteurs des environs en leur achetant directement la nourriture et suit leur rythme de consommation de viande, consommée uniquement lors des vacances annuelles spéciales lorsqu’ils sacrifient un animal. La plupart du temps, le régime alimentaire est donc végétarien.
Les montagnes de Choké constituent un cadre idéal pour les randonnées avec une vue imprenable et des expériences touchantes avec la population locale. Le soir, les habitants se réunissent généralement autour d’un feu de camp pour danser et chanter tous ensemble.
Découverte du nord de l’Ethiopie
Le nord historique concentre une partie fondamentale de l’ancienne Abyssinie. C’est une région immense où les distances imposent d’organiser son voyage avec soin, mais où chaque étape ouvre une nouvelle porte sur l’histoire du pays. Addis-Abeba introduit le voyage avec ses musées, ses cathédrales et le mont Entoto. Plus au nord, Mekele marque l’entrée vers le Tigré, le désert du Danakil et les montagnes du Ghéralta. Le Danakil, avec la dépression de Dallol, plonge dans une Éthiopie tellurique, presque irréelle. À près de 100 mètres sous le niveau de la mer, les croûtes de sel, les minéraux, les sources acides et les couleurs surréalistes donnent au paysage une puissance rare.
Plus loin, le lac Assalé rappelle l’importance des Afars et du commerce du sel, avec ses caravanes de dromadaires traversant le désert. Dans le massif du Ghéralta, le voyage change encore de ton. Plus de 120 églises rupestres sont recensées dans la région du Tigré, dont une partie dans ces montagnes spectaculaires. Certaines sont creusées à même la roche, d’autres dissimulées dans des grottes, parfois accessibles après des marches vertigineuses.
L’église Abuna Yemata, notamment, demande une véritable ascension avant de révéler ses peintures et son panorama.
Idée de circuit en Éthiopie 15 jours
Pour un premier grand voyage en Éthiopie, mieux vaut ne pas vouloir tout traverser. Le pays est vaste, les trajets longs et chaque région mérite du temps. Pour un séjour de 8 à 15 jours, mieux vaut vous concentrer sur une zone : le nord historique, ou le sud et la vallée de l’Omo. Voici une idée de circuit en Éthiopie de 15 jours inspirée de l’ancienne Abyssinie, entre patrimoine, montagnes et paysages volcaniques.
- Jour 1 – Addis-Abeba : arrivée dans la capitale, perchée à 2 400 mètres d’altitude, avec visite du musée national où repose Lucy, du musée ethnologique, des cathédrales Saint-Georges et Sainte-Trinité, du Mercato et du mont Entoto.
- Jour 2 – Mekele : vol intérieur vers la capitale du Tigré, puis découverte du marché, du musée Yohannes IV ou du château d’Abraha Araya selon le temps disponible.
- Jour 3 – Danakil et Dallol : excursion dans l’un des paysages les plus extrêmes du pays, entre croûtes de sel, couleurs minérales, lacs acides et lac Assalé exploité par les Afars.
- Jour 4 – Massif du Ghéralta : première journée de randonnée au cœur des montagnes du Tigré et découverte d’églises rupestres cachées dans la roche.
- Jour 5 – Églises du Ghéralta : poursuite de l’exploration, avec les sanctuaires Abuna Yemata, Mariam Korkor, Abuna Daniel et Abuna Gabra Mikael.
- Jour 6 – Axoum : visite du champ de stèles, des obélisques, de la pierre d’Ezana, du musée archéologique et des ruines du palais Dungur.
- Jour 7 – Parc national du Simien : entrée dans les montagnes du Simien et première randonnée entre plateaux, falaises et villages d’altitude.
- Jour 8 – Simien : marche vers Sankaber, Geech Camp ou d’autres secteurs du parc, avec observation des babouins géladas.
- Jour 9 – Simien : dernière journée d’immersion dans ces paysages classés à l’UNESCO, avec vues sur les pics, les gorges et parfois le Ras Dashen.
- Jour 10 – Gondar : découverte de l’ancienne capitale impériale, de l’enceinte royale de Fasil Ghebi, des Bains de Fasilidas et de l’église Dabra Birhan Sélassié.
- Jour 11 – Route vers Lalibela : longue journée de transfert à travers les hauts plateaux, avec possibilité de rejoindre les églises au coucher du soleil.
- Jour 12 – Lalibela : visite des onze églises monolithiques, dont Saint-Georges, Biete Maryam, Golgotha et Biete Medhane Alem.
- Jour 13 – Bahar Dar et lac Tana : route vers Bahar Dar, installation au bord du plus grand lac d’Éthiopie et première balade dans la ville.
- Jour 14 – Lac Tana et Nil Bleu : excursion en bateau vers la péninsule de Zégué, les sanctuaires Ura Kidane Mehret, Azwa Maryam ou Beta Maryam, puis découverte des chutes du Nil Bleu.
- Jour 15 – Retour à Addis-Abeba : vol intérieur depuis Bahar Dar vers la capitale, derniers instants en ville avant le vol international.
Cette trame reste bien sûr modulable selon vos envies, le rythme souhaité et les conditions du moment. Consultez ce blog de voyage en Éthiopie avant de partir afin de mieux vous préparer.