Le Burkina en action par Annie Cluzel - Episode 1

Par le 22 juillet 2015 dans nos voyageurs racontent

L'été a déjà bien commencé, et nous nous sommes dits qu'un petit "feuilleton" solidaire vous ferait très plaisir ! Annie, voyageuse de Double Sens, a publié "Mon action solidaire au Burkina Faso" en février dernier, ouvrage que vous pouvez d'ailleurs retrouver chez Les Ogres de Papier. Dans ce premier épisode, attérissage sous la chaleur burkinabè et week-end à Doudou.

 

« Bonne arrivée »

« Il est minuit lorsque je pose le pied au Burkina. Il fait nuit bien sûr et la température annoncée est de 30°C. Je retire mon blouson. Tous les passagers se dirigent vers le tapis à bagages et comme eux, j’attends. Les valises passent et repassent sauf la mienne. J’ai le sentiment que le sort s’acharne sur moi car j’ai toujours un problème de valise. Les gens s’en vont, les bagages sur le tapis se font rares et mon inquiétude grandit. Quand soudain, je vois arriver un homme qui se presse et qui dépose MA valise sur le tapis. Manifestement, il s’était trompé.

Je soupire de soulagement, prends mon bagage et me dirige vers la sortie. Dans le hall, je jette un rapide coup d’œil circulaire afin de repérer Madi, le représentant local chargé de m’accueillir. Je l’identifie à la pancarte qu’il tient à la main mais lui m’a reconnue avant.
- Bonne arrivée, me dit-il en m’embrassant.
Je souris en entendant cette expression. Madi me paraît d’emblée très sympathique. Il m’informe qu’un chauffeur nous attend sur le parking pour nous conduire à l’hôtel. Nous sortons de l’aéroport et je m’arrête. Je respire à pleins poumons cette terre africaine qui m’est si chère, espérant ainsi retrouver l’air qui m’avait redonné vie en Tanzanie quelques années auparavant. Madi me regarde, inquiet :
- Est-ce que ça va ?
- Oui je vais très bien. J’ai besoin de me remplir de l’air de chez toi.

Il lève des sourcils interrogateurs se demandant sans doute si je ne suis pas folle. Puis il se met à rire :
- Tu sais, ici, il vaut mieux éviter de respirer à fond à cause de la poussière.
C’est vrai que la gorge me pique et je me mets à tousser.
Tu comprends ce que je voulais dire ? dit-il.
Je salue le chauffeur et nous partons tous les trois en direction de l’hôtel. Pendant le trajet, ils parlent entre eux une langue que je ne connais pas , j’étais pourtant persuadée qu’ici on parlait le français.

[...]

Doudou

Une moto-taxi nous attend à l’extérieur. Nous nous installons tous les quatre dans la petite remorque attelée à la moto. Nous sommes assis sur des bancs en bois. Et nous voilà partis, Michelle, Juliette, Paul, le chauffeur et moi. Nous quittons la maison et rejoignons "le goudron". En cours de route, nous nous arrêtons devant une boulangerie. Je sais que c’est une boulangerie parce que le mot est écrit sur le mur, sinon il est impossible de le deviner. Paul descend. Pendant cette pause, je profite pour téléphoner. J’arrive à joindre ma fille. La liaison est parfaite, ce qui m’impressionne.

Après avoir raconté brièvement mon voyage et mon arrivée, je raccroche, réellement soulagée. Maintenant, je peux profiter du moment. Paul revient avec quatre baguettes très blanches. Je suis étonnée de trouver du pain dans ce pays et suis curieuse d’en connaître le goût.

Nous repartons. Nous roulons encore environ une heure. Il faut au moins 35°C, le banc est dur et il faut se tenir car la route n’est pas parfaitement plane. Mais le paysage est magnifique. On double des piétons qui nous saluent de la main. Nous répondons de même tout le parcours comme le ferait un cher d’Etat. Je découvre une nouvelle fois, les petites maisons, les femmes aux vêtements colorés et au maintien parfaitement droit malgré les lourdes charges qu’elles portent sur la tête. Les camions qui nous dépassent soulèvent de la poussière et déstabilisent notre petit véhicule.

Mes co-voyageuses sont charmantes. Je sais que vais être bien en leur compagnie. Comme elles sont là depuis une semaine, elles me donnent des informations sur le séjour. En France, elles travaillent dans le domaine médical. Michelle est sage-femme et Juliette, infirmière. Chaque matin, elles se rendent à leur centre de santé respectif. Elles me font part de leur désarroi devant l’absence de moyens et Michelle est particulièrement affectée par le manque de soins et d’attention à l’égard de ces femmes qui viennent accoucher seules et qu’on oblige à repartir six heures après l’accouchement. Leurs témoignages sont suivis d’un long silence pendant lequel chacune de nous se sent bien impuissante et nous fait prendre conscience de notre immense chance.

Notre petit attelage s’arrête enfin au bord de la route sous un baobab géant. Je descends de la remorque en sautant et constate que j’ai mal un peu partout mais je ne dis rien. Je reprends mon sac à dos. Je bois de l’eau, visse mon chapeau sur la tête et attends la suite.
- Pour aller jusqu’au village de Doudou, il y environ deux heures de marche, dit Paul.
Je vacille légèrement sous l’annonce me demandant si je ne vais pas mourir en route. Il est 10h du matin, la température continue de monter. Je n’ai presque pas dormi, je n’ai rien mangé, c’est sûr, je vais mourir.
En même temps, je ne veux rien rater de ce que je vois. La campagne que nous traversons est étonnante. On rencontre ici et là, des jardins potagers remarquablement cultivé et je m’étonne de voir des choux, des haricots vert et des centaines d’oignons. Les villageois, hommes, femmes et enfants y travaillent. Ils désherbent, ils arrosent, ils plantent. En chemin, nous croisons en permanence des habitants, parfois loin des villages et je me demande où ils vont. C’est toujours étrange en Afrique de voir des gens dans des endroits improbables.

Je prends des dizaines de photos, de la nature, des enfants que l’on croise et qui manifestement adorent se faire prendre en photo. Ils demandent à voir le rendu sur l’appareil et à chaque fois, ils éclatent de rire.

Paul est un guide précieux qui nous enchante avec toutes ses explications sur les arbres et les plantes. Compte tenu de ma lassitude, je ne retiens pas grand-chose. Paul est aussi très attentif car, voyant mon état, propose de s’arreter régulièrement à l’ombre des baobabs pour que je me repose.

[…] Quel bonheur de pourvoir enfin m’asseoir sur un vrai siège. Une espèce de bâche couvre la terrasse où je suis installée et m’apporte de l’ombre. Je voudrais me laisser aller et fermer les yeux mais je ne peux pas, il y a tant à voir. Je regarde de nouveau ces petites maisons rondes qui ressemblent à des crayons bien taillés et me demande comment on peut vivre là-dedans. J’apprendrai plus tard qu’en fait, ce sont des greniers à mil et non des habitations.

[…] La journée s’achève, la nuit sera bientôt là. Nous retournons sur la terrasse et attendons le repas. C’est la femme d’Albert « mon chauffeur personnel » qui nous a concocté le dîner : poulet, spaghettis et banane. Tout ceci est très bon. Je suis soulagée à l’idée que je vais bientôt dormir.

Mais Albert, soucieux de nous faire plaisir, nous invite à assister à un spectacle de musique et de danse à l’extérieur du village. Je suis désespérée. Je n’ai pas envie d’y aller. Je voudrais qu’enfin tout s’arrête. Je sais pourtant que je vis des moments extraordinaires mais je ne suis pas sûre de les apprécier à leur juste valeur.

Nous sortons donc du village suivis par tout un groupe d’enfants qui veulent nous toucher ou nous donner la main. Il fait nuit, seule la lune éclaire les lieux. La quasi obscurité jointe à l’état d’épuisement dans lequel je me trouve et qui me fait ressembler à un zombie, me fait craindre de tomber chaque instant. Des chaises ont été apportées pour nous les blanches, les « nassara ». Les villageois s’assoient par terre dans une ambiance des plus joyeuses. Quatre musiciens sont installés en face de nous. Les tam-tams commencent, quiconque veut danser, se lève, s’exécute puis laisse sa place à un autre et cela dure longtemps.
Je suis là, en pleine campagne africaine éclairée par une lune d’une rondeur parfaite. Tout ceci me paraît tellement improbable que j’en ai le vertige. Dans ce village du bout du monde, les musiciens ne sont pas des amateurs et les danseurs sont magnifiques. Quel spectacle ! Quelle leçon !

[…] Allongée sur le lit, je repense à mon séjour à Doudou. Je ne suis pas sûre de ne pas avoir rêvé. Tout cela est si improbable. J’ai vécu une situation exceptionnelle et magique. Mes yeux se ferment, je me laisse emporter par le sommeil.

 

Le suite de l'aventure d'Annie, dans le prochain épisode ! Patience ...
Ou pour les plus curieux, vous pouvez trouver l'intégralité du récit d'Annie en commandant l'ouvrage avec les Ogres de Papier : les-ogres-de-papier@orange.fr

Et pour les aventuriers, le séjour au Burkina en action, c'est par ici : 

    Le Burkina en action !  

Commentaires