Journal de repérage en Colombie

Par le 13 août 2019 dans news
Chargé de production chez Double Sens, Alexandre explore le monde pour vous concocter des séjours d'exception. En juillet dernier, c'est pour la Colombie qu'il s'est envolé... Son récit de voyage vous plonge au cœur de la Sierra Nevada de Santa Marta, à la rencontre de la communauté Arhuacos et de ses fascinantes traditions.

Un soleil orange se couche sur Carthagène des Indes. L’effervescence a rejoint les remparts qui cernent la vieille ville et surplombent la mer des Caraïbes : tandis que je savoure un délicieux ceviche, les rues colorées aux alentours se chargent d’une atmosphère endiablée au son de la cumbia, qui fait danser les passants au milieu des marchants ambulants et des échoppes artisanales, tout en propageant le message du métissage de la Colombie, à l’image de sa diversité, de sa population mélangée, de ses origines multiples.

Découverte de la Sierra Nevada au nord de la Colombie 

Immersion dans la jungle tropicale en bonne compagnie

Il y a quelques jours à peine, j’étais toujours en Colombie, mais pourtant dans un autre monde. Je repense à ce moment où mes pas se fondent dans ceux de Jwikamey et Dugunawin, deux frères indiens Arhuacos qui ont accepté de me mener au cœur de la Sierra Nevada de Santa Marta, dans les villages où vit leur communauté. Après deux jours de marche à nous enfoncer dans les contreforts à la pointe nord de la cordillère des Andes, où chaque virage du sentier que nous suivons nous enfonce un peu plus dans une jungle tropicale, mes amis stoppent, sans un mot, aux abords du village de Windiwa qui se dessine au loin. Je voudrais poser mille questions, mais je sens que j’ai pénétré un territoire où les réponses ne seront pas délivrées par des mots, ou pas uniquement. Jwikamey et Dugunawin s’assoient sur une pierre, et sortent leur poporo, une calebasse, évidée contenant une poudre de coquillages écrasés. Avec un bâtonnet de bois, ils prélèvent un peu de cette poudre et la mélangent avec la boule de feuilles de coca dans leur bouche. Pendant qu’ils frottent le poporo avec le bâtonnet, le surplus de poudre se fixe à l’embouchure, formant avec le temps un épaississement de la calebasse. 

Rites ancestraux et terre sacrée

« Le poporo, tu sais, c’est comme notre femme », me lance Jwikamey, « Il symbolise la vie, nous reconnecte avec la nature. Si on pense quelque chose au moment où on l’utilise, le poporo enregistre l’énergie et l’intention qui nous anime », dit-il en frottant le bois sur l’objet sacré. Les Arhuacos se voient eux-mêmes comme les ‘grands-frères’, détenteurs d’une sagesse mystique et d’une connaissance ancestrale, qu’ils ont à cœur de nous transmettre, à nous les autres peuples, les ‘petits-frères’ de l’humanité. Leur message, qui reste essentiel de nos jours plus que jamais, est empli de valeurs presque modernes, l’appel au pacifisme, l’écologie à travers la protection de l’environnement, la préservation de la Terre Mère, et la responsabilité de chacun de maintenir l’équilibre de l’univers. Dugunawin, fixant les cimes des montagnes à l’horizon, plisse les paupières : « Tu sais, la Sierra Nevada est le cœur du monde, les champs magnétiques qui relient ses sommets en font un endroit magique, et toutes les pensées que nous matérialisons dans ce monde sont les garantes de l’harmonie de la planète, ou de sa destruction. Allons voir les mamos maintenant, ils sauront nous guider pour mener à bien nos projets ».

En immersion dans la communauté des Arhuacos de la Sierra Nevada

Le village de Windiwa

Nous nous dirigeons vers le village de Windiwa, où tous les habitants sont vêtus de l’habit blanc traditionnel, portent les cheveux longs et le chapeau conique typique des Arhuacos. Pour se saluer, les hommes échangent quelques poignées de feuilles de coca, avant de sortir leur poporo. Physiquement, aucun signe ne semble distinguer les mamos des autres, mais ils sont pourtant les leaders spirituels de la communauté, désignés depuis l’enfance pour conserver l’ordre naturel à travers les chants, la méditation et les rites d’offrandes. Ils sont l’équivalent à la fois de prêtres, d’enseignants, de docteurs, et jouissent d’une autorité respectée par tous les autres membres de la communauté. 

On décharge les mules de nos sacs et des quelques vivres que nous avons apportées, on tend les hamacs sous les toits de chaume qui nous abriterons pour la nuit, on allume un feu de camp au milieu de la maison en briques de terre recouverte de torchis, et on commence la discussion autour du feu. Les Arhuacos sont un des 4 peuples indigènes qui ont élu domicile dans les montagnes sacrées de la Sierra Nevada, au même titre que les Kogis, les Wiwas et les Kankuamos, mais le seul qui ne s’est pas encore ouvert au tourisme. Devant les mamos, j’expose notre projet, nos intentions, la manière dont on souhaiterait accueillir des voyageurs en ce lieu, pour partager un moment de vie à leurs côtés. Ils écoutent en silence, et grattent leur poporo, comme s’ils consultaient les esprits pour reconnaître un signe qui leur dirait si l’idée est bonne ou non. Finalement, ils donnent leur verdict, tandis que les flammes continuent de danser au centre de la pièce :

« Ce feu, nous pouvons le regarder pendant des heures, et il nous apprendra toujours beaucoup plus de choses que les télévisions. Nous voulons, nous aussi, accueillir des voyageurs ici, mais pas de n’importe quelle manière. Le projet de Double Sens nous plaît, car les visiteurs ne feront pas que passer pour prendre une belle photo, mais ils s’attarderont un peu avec nous, pour comprendre notre mode de vie et les enjeux de préservation de la Sierra Nevada ». 

Un projet inédit, au coeur d'une nature luxuriante et préservée

Je passe une nuit sereine dans mon hamac, dans ce village perché à une altitude de 1 150 mètres, et je me réveille au son des oiseaux, avant d’aller prendre mon bain dans la rivière en contrebas. Aujourd’hui, la communauté s’organisera pour qu’on mette en place notre projet, avec l’aval des mamos. Les futurs voyageurs qui viendront faire l’expérience unique de se dépouiller du confort matériel pendant quelques jours pour s’incliner devant les beautés de la nature, de ses hommes et femmes qui préservent leurs traditions séculaires, seront les dignes ambassadeurs du message des Arhuacos. 

Un voyage riche et intense, où côtoyer un peuple dont les relations d’interconnexion entre nature, individu et culture relèvent d’autres paradigmes que ceux de la modernité occidentale, avec pourtant un enseignement qui prend tout son sens au 21éme siècle. 

La Colombie sera notre 18ème destination chez Double Sens. Au-delà de ce voyage dans le nord à la découverte de la Sierra Nevada et des Arhuacos, nous proposerons également une formule plus accessible, pour partager des moments de convivialité inédits avec les communautés Nasa et Misak, qui vivent plus au sud dans la cordillère des Andes centrale.

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