Au Zion, une escale privilégiée pour nos voyageurs

Par le 25 novembre 2016 dans news

Depuis plusieurs années, le Zion est devenu une escale incontournable pour tous les voyageurs de Double Sens au Bénin ! C’est un bout de paradis terrestre, et c’est surtout la maison d’Erick, dont le surnom est… Zion. Et ça lui va bien. Je rencontre ce personnage au parcours atypique, venu rendre visite à l’équipe Double Sens à Paris.

 

Nous choisissons un café avec vue sur le Canal Saint-Martin sous une pluie fine. En poussant la porte du café, nous ne passons pas inaperçus. Erick, avec son style décontracté et ses dreads’ à la Bob Marley, est repéré d’office ! On est accueillis comme des stars et servis avec un large sourire.

Gwenaël : « Merci de nous rendre visite ! Tu nous apportes la chaleur de Cotonou dans la grisaille de Paris ! »

Erick (Zion) : « En saison pluvieuse, je reviens de temps en temps en France. Je rends visite à mes amis, je parcours l’hexagone de festival en festival. Je connais bien Paris. Ici, j’ai travaillé 8 années, dans le secteur de la logistique en transport maritime international. Je travaillais pour une boîte de transit.
Je n’avais pas mes dreadlocks, à cette époque-là, mais la boule à zéro ! »

G : « Puis tu as quitté Paris pour t’installer à Cotonou ? »

Z : « Exactement ! Le Bénin, c’est chez moi, c’est mon équilibre. J'aime mon pays. Je suis né à Cotonou, j’ai grandi à Cotonou, j’y ai réalisé mes études – des études en droit. J’ai fini mes études à Paris, je voulais devenir avocat ! J’allais en vacances au Bénin. De plus en plus, j’avais du mal à rentrer à Paris. 

Après plusieurs années d’expatriation en France, j’ai décidé de rentrer au pays, en décembre 2000. J’avais envie de passer à autre chose.
Un projet est né dans ma tête. Au début, c’était comme un petit caprice.  J’adore le reggae. Tout naturellement, je me suis dit : « Je veux monter un bar reggae ». Au Bénin, il n’y a pas vraiment de lieu pour faire un bon bar reggae.

J’ai ouvert un bar à Cotonou, je l’ai fait vivre pendant 7 ans. C’était mon 1er bar, qui s’appelait déjà Zion.
Le 1er bar reggae au Bénin ! », dit-il, le visage rayonnant.

Ce qui était un caprice au début a duré 7 ans.

« J’ai rencontré Aurélien et Antoine dans mon 1er bar, celui qui est à Cotonou.
De là, une amitié avec eux est née. 
En 2006-2007 j’ai fermé le bar ; je suis revenu en France. Un besoin de me recentrer sur moi-même, de prendre du recul. Et puis je suis parti à La Réunion, où j’ai passé quelques mois.

Je suis retourné au Bénin, j’ai construit une paillotte sur la route des pêches ! « Zion à la plage » est né, un peu éloigné de la ville. Je l’ai gardé pendant 3 ans.
J’ouvrais du jeudi au dimanche : barbecue à la plage, soirées Full Moon reggae, soirées sur la plage… 

Je retourne souvent à cette paillotte sur route des pêches pour un petit pique-nique avec mes amis. J’aime retrouver l’ambiance de la mer, l’effervescence, le bruit.
Les soirées Full Moon continuent à attirer du monde !

 G : « Et ton spot au Lac Ahémé ? Comment est-il né ? »

Z : « J’avais le projet de construire sur le lac Ahémé. J’avais envie de quitter Cotonou. Selon moi, un bar à la Plage n’était pas assez conséquent, comme projet !
En fait, je voulais recevoir du monde et que ce soit aussi mon milieu de vie. Que ça me corresponde encore plus !
Je me suis posé dans le petit village Houe Djro, à 20km de Ouidah. Juste en face de Possotomé.

Le Lac Ahémé m’a toujours impressionné, j’avais envie d’être au bord de l’eau, du lac.

Je me disais toujours : « Comment accéder à l’autre versant du lac ? » Il n’y avait rien.
J’y allais une fois par semaine, j’ai prospecté. Je voulais être isolé.

Je voulais un lieu de vie pour moi, dans lequel je me sentais bien. Et j’avais décidé que j’allais l’ouvrir qu’à des gens sensibles à ce que je propose.

J’ai mis 1 an et demi à faire les travaux ! J’ai commencé à partir de rien. J’ai fait appel à des ouvriers d’un village à proximité. Nous n’avions que très peu d’outils. Il faut dire que là-bas, nous sommes au milieu de nulle part. Nous avons commencé par construire 2 cases.
Il a aussi fallu creuser un puits.
Imagine ! 45 m de puits creusés à la pioche ! Ils ont mis 2 mois à le faire, à main nues, avec une pioche. »

 G : « Mais pourquoi avoir choisi ce lieu ? », je m’étonne.

Z : « J’ai craqué sur cet endroit. J’ai acheté le terrain. Je suis revenu le lendemain même. J’ai posé ma tente.
J’ai passé une nuit, là. Rien.
Pas d’électricité, pas habitué au bruissement des bêtes sauvages, au bruissement des plantes, pas habitué au bruit de la nature.
J’ai peu dormi, cette nuit-là. » confie-t-il, songeur.

 Le lendemain j’ai vu le jour qui se levait, j’ai vu tout ce qu’il y avait autour de moi : oiseaux, écureuils, singes, une vue magnifique sur le lac, les pêcheurs qui partaient sur le lac. Là, j’ai dit : Ouah. On va y aller.


J’ai tout imaginé : la position de la case, où est-ce que j’installerais mon lieu de vie, la partie bar/resto…
J’ai trouvé des gens du village alentour pour faire les travaux des cases en terre battue. Tu sais, ils ont la technique pour travailler la terre rouge argileuse, malaxée. La terre garde la fraicheur, c’est pour cela que mes cases en terre battue sont confortables !

Ma maison, c’est mon bébé. Les voyageurs que je reçois ici ont parfois du mal à imaginer qu’ici, il n’y avait rien du tout. Tout a été fait sur place.
Tout a été créé : chaque chose, chaque objet est pensé par moi, et expliqué aux hommes qui ont fait les travaux. »

 G : « C’est un véritable bijou d’artisanat que tu me décris-là ! Une pure création artistique, en fait ! » 

 

On pourrait écouter Zion parler pendant des heures de « sa maison, son bébé, sa pièce d’art ». Ça lui a valu, avec « ses gars », des centaines d’allers retours pour déblayer le terrain, imaginer les espaces, apporter les outils, transporter tous les matériaux (des matériaux naturels, provenant de cette île).


Zion décrit tout dans le moindre détail : 5 cases, pouvant accueillir 10 personnes tout au plus ; chacun peut poser sa tente s’il préfère « être au contact de la terre ! » Il y a une grande paillotte : c’est le bar/restaurant. Ce bar, c’est un lieu de vie commun où l’on peut manger, boire, jouer aux cartes, se détendre. Zion a aménagé une petite terrasse où l’on se pose pour l’apéro. Le spot est légèrement en hauteur, le lac est à 2 min à pied en contrebas.

« Toujours avec du son ! »
Evidemment, Erick Zion préfère vous faire écouter de la musique reggae.
« Mais on peut écouter un peu de tout si l’on veut… » concède-t-il, un sourire au coin des lèvres.

Il y organise des soirées Full Moon 100% reggae, pour ne pas déroger à la grande tradition des spots Zion !

G : « Tu souhaites faire découvrir ton paradis à plus de voyageurs venus visiter le Bénin ? »

Z : « Mon terrain et mes cases, mon but, ce n’est pas d’en faire une usine. Il n’y a que moi ici : je fais toute la cuisine. Quand je n’y suis pas : quelqu’un du village me remplace. Quelqu’un de confiance.
Lorsque je ne suis pas présent chez moi au Zion du Lac Ahémé, ce ne sont que des gens de Double Sens qui passent. Je les considère comme des amis.
Je vous laisse les clés ! » dit-il en faisant un geste de la main.

G : « Merci, quel privilège ! », dis-je en plaisantant.

Z : « Tu rigoles, mais tu sais, j’ai ma aussi ma clientèle locale et quelques voyageurs de passage !
Ce que je propose est intimement lié à moi et à mon état d’esprit.
Double Sens, c’est des amis, avant d’être des partenaires de boulot. C’est mon plaisir d’ouvrir ma maison à des voyageurs Double Sens. 

Ils comprennent ce que je fais, mon état d’esprit : simplicité, authenticité ; générosité ! Je n’ouvre pas mon lieu de vie à n’importe qui. Ici ils vont vivre un truc unique ; on ne reçoit pas de groupes ici.

« C’est très personnel ; je les reçois à la maison : je partage le son que j’aime, je mange ce que je vous fais à manger ; je partage tout ce que j’ai de plus cher : mes passions, mes gouts, mon lieu de vie.

Leur venue chez moi est une agréable intrusion dans ma vie. Je partage mes passions dans ce lieu que j’aime tant.

G : « Et puis nos valeurs se retrouvent dans ce projet-là. »

Z : « Oui, c’est parti d’une amitié. Aurélien et Antoine ont aussi craqué sur le lieu. »


« Je suis libre. C’est intimiste. Si vient un groupe de 8 personnes, le lac est préservé : vous êtes à la maison. J’aime avoir le temps de parler avec les gens, de bien m’occuper d’eux. Faire à manger pour 10, c’est pas comme pour faire à manger pour 20 !

G : « Miam ! Tu nous prépares quoi ? »

Z : « J’ai pas de menu. C’est rigide d’avoir un menu. Je compose les différentes saveurs, en fonction de ce que je trouve au marché. Tranquille, à mon rythme.

G : « Mais tu as bien des recettes fétiches !
Plusieurs fois, j’ai entendu parler de tes fameux… cocktails Zion ? »

Il esquisse un sourire fier.

Z : « Ma spécialité, c’est « la choupinette » : à découvrir ! Mais je ne te dirai pas ce que c’est. Sinon, il y a le rhum Zion, un rhum arrangé maison façon Erick Zion.
Il y a aussi le Sodabi[1] : je le fais à ma façon : avec café, fèves de cacao, mangue, cannelle. Tout maison.

Les petits sodabi maison arrangés qui vous réconcilient avec le Sodabi. 

 « C’est mon lieu de vie, je vous accueille. J’ai choisi un lieu pour me retrouver en paix, au milieu de nulle part, pour vivre. J’en ai fait une petite terre d’accueil. C’est mon petit paradis : le lac enchanteur ! Ce lac a quelque chose… » Dit-il d’un air mystérieux.

G : «  Il est vrai que nos voyageurs, en rentrant de leur périple en immersion, ne savent pas comment décrire leur étape au Zion ! »

Il s’esclaffe. 

Z : « Après un circuit en mob', tu fais escale chez moi : c’est l’escale un peu grand luxe ! Chez moi, on se pose. Des cocktails Zion, du son, de belles choses à manger, un cadre qui t’en met plein la vue, qui te permet de te ressourcer, une bonne ambiance… On rigole bien. T’es dans une jolie bulle. Y’a moi, l’accueil, l’échange ! La plupart du temps, au moment de reprendre le zem[2] : on a envie de rester ici.
C’est ça, le dépaysement : arriver au milieu de nulle part, après 5 étapes, un bonhomme qui te reçoit.

L’escale chez moi créé une ambiance zen, on se lâche, on raconte nos premiers jours. C’est comme une belle respiration. C’est un vrai moment de plaisir pour tout le monde.  C’est un cocoon, un lâcher-prise au lac, dans la bonne humeur. On peut descendre se baigner au lac. »

J’ouvre mon lieu de vie magique.

G : « Comment fait-on pour aller jusqu’à chez toi ? »

Z : « Par une belle piste ! Mais attention, aucune voiture sur mon site ! Il y a un endroit prévu plus loin pour garer la voiture, à 10 min à pied. C’est amusant car, lorsque vous arrêtez la voiture, vous croyez que vous êtes arrivés. Mais non, il faut faire un petit effort et marcher un peu ! Et vous ne savez pas où vous allez. Modeste[3] s’amuse à dire : encore 4 heures à pied !
Tu arrives chez moi, en pleine nature. Mes premiers voisins sont les singes, les écureuils, les oiseaux. Parfois, des pêcheurs peuvent passer sur mon site pour aller au lac.

Tu verras la magie du lieu, et la magie de l’accueil.
Ce lieu, tu ne le connaissais pas ; tu te trouves tout de suite chez toi. La douche, au seau, est à ciel ouvert. Tu regardes les étoiles.

Il n’y a rien sur les hauteurs. Je suis tout seul sur les hauteurs. Le village est à 15 min à pied de chez moi, en contrebas. Je ne suis pas complètement isolé… Il y a quelques villages de pêcheurs nichés sur les bords du lac. D’ailleurs il est possible d’aller faire une balade en pirogue sur le lac, afin d’aller à la rencontre des pêcheurs. 

Des fois il y a des fêtes traditionnelles, on entend les tams-tams au loin.

Des cérémonies, des mariages… Parfois des clients tombent sur un événement, on les invite à s’associer à la fête, ils partagent ce moment.

G : « … et le voyage prend tout son sens… »

Z : « Ce que je fais au lac, ça a du sens pour moi.
Je fais connaitre aux gens un tout petit point du Bénin, une certaine idée du Bénin, qui est la mienne aussi. Je me bats pour ce lieu qui est complètement atypique – c’est moi, c’est tout. C’est vital. C’est mes projets, mes bébés, je les vois grandir, je me bats pour ça. Je m’y sens bien et je le partage. Des échanges. Je reçois des gens. De belles rencontres. Ça me fait plaisir. Quand les gens se sentent bien chez moi, je me dis que ce que j’ai fait : ça a du sens. J’y ai mis mon cœur. Les gens soutiennent le concept : « on a été très bien chez toi, ne change rien ! » Et dans le même temps, j’ai besoin d’être seul. C’est un plaisir de me retrouver avec moi-même, je contemple le lac. Je me bats pour quelque chose. Le bar Zion est pour moi un symbole.

G : « Pourquoi Zion ? »


Z :
« Dans la symbolique rasta, Zion, c’est l’Afrique, la mère patrie, le retour aux sources, la terre des ancêtres, le retour à l’essentiel… par opposition à Babylone, qui rime avec l’occident et la déshumanisation.

Zion peut être spirituel, géographique. Il peut être dans ton cœur.

Le 1er son qui est sorti du 1er bar Zion, lors de 1ère soirée d’ouverture, c’était : ZION. 

 


[1] Le sodabi est une liqueur de vin de palme local

[2] Le zem est la mobylette locale !

[3] Modeste, coordinateur des séjours Double Sens au Bénin et guide

 

 

 

Commentaires


  • thomas et franck | Il y a 6 mois

    le top a consommer sans moderation Zion est un hote exceptionnel a decouvrir absolument

  • Christiane garrant | Il y a 6 mois

    A la lecture de ce reportage, j'ai l'impression de me retrouver dans ce paradis qu'Éric a découvert et à transformé en préservant toute cette belle nature. C'est vrai qu'on a l'impression d'être chez soi et qu'il est difficile de partir. J'en garde un super souvenir. Merci Zion de nous faire partager ta belle demeure entourée de nature et si reposante. J'ai vu Eric il y a quelques jours à Cotonou et nous avons bien évidemment reparlé de son havre de paix. Bravo et merci à Double Sens de nous avoir fait découvrir ce superbe endroit.

  • Aurélien | Il y a 6 mois

    Pour avoir eu la chance d'inaugurer le puy avec Éric dit Zion ainsi que Étéocle Je me souviens encore de ce moment magique au bord du lac et surtout inoubliable alors encore un grand merci à Zion et j'espère à très bientôt

  • Joelle | Il y a 6 mois

    C'est juste une belle personne dans un lieu magique. Merci à toi Zion de nous le faire partager, et à Double Sens. Très envie d'y retourner.

  • Double Sens | Il y a 6 mois

    Merci à tous pour ces commentaires qui viennent du cœur !