Relever le défi de la faim dans le monde

Par le 24 février 2015 dans news
850 millions de personnes souffrent de la faim dans le monde, et près des 3/4 de ces personnes sont des petits agriculteurs.

Le rôle de l’agriculteur dans la sécurité alimentaire, une perspective croisée Sud-Nord

Mercredi 18 février, des acteurs de l’agriculture se sont réunis à Paris pour débattre du défi de la faim dans le monde. Sujet vaste et extrêmement important pour tous, les différents acteurs ont mis en évidence les problématiques actuelles, les enjeux des prochaines années, mais surtout ont rapporté leurs expériences du terrain. Retour sur ces interventions et perspectives agricoles.

La faim dans le monde en chiffres

La situation de la faim en 2014

Aujourd’hui, ce sont plus de 800 millions de personnes qui souffrent de la faim dans le monde soit 1 personne sur 8. Près des 3/4 de ces personnes sont des petits agriculteurs. « Ceux qui nourrissent sont aussi les premières victimes de l’insécurité alimentaire ! ».

L’agriculture familiale, 1ère forme d’agriculture dans le monde, produit 50% des céréales, 60% de la production de viande et 75 % de la production laitière. Pour reprendre l’édition du Baromètre de la faim de 2014, « […] si les politiques publiques et les stratégies agricoles se concentraient notamment sur le soutien aux petits agriculteurs ; l’agriculture familiale pourrait nourrir correctement et durablement les habitants de notre planète et absorber la croissance démographique attendue. »

Les avancées dans la lutte contre la faim dans le monde

Peggy Pascal, responsable de Plaidoyer Sécurité Alimentaire et Climat chez Action Contre la Faim met les avancées de la lutte contre la faim en avant.

Les problèmes liés à la faim dans le monde ne viennent pas d’une difficulté de production mais des politiques publiques des pays. La technique est là, les projets existent, les moyens sont là, il ne manque plus qu’un engagement de la part de l’ensemble des politiques, notamment pour le soutien aux petits agriculteurs.
Par ailleurs, il y a eu une réelle prise de conscience de la sous-alimentation, de la faim invisible et aujourd’hui l’insécurité alimentaire est entrée dans les débats, dans les objectifs des grandes organisations internationales, des politiques publiques. L’enjeu maintenant est qu’il devienne un pilier dans les négociations nationales et internationales.
La troisième avancée est la prise de conscience que la Révolution verte est à bout de souffle puisqu’elle ne répond plus aux probématiques environnementales, de la société, des droits de l’Homme et de l’emploi. Aujourd’hui, l’ensemble des pays du monde se tourne de plus en plus vers une agriculture raisonnée qui répond à ces nouveaux enjeux.

Les principaux obstacles à une évolution

Selon Peggy Pascal, aujourd’hui, la libéralisation des échanges et l’agro-business avec notamment la propriété de 90% des semences dans le monde par seulement 3 grandes entreprises, font partie des grands obstacles à la lutte contre la faim dans le monde.

Aussi, et non des moindres, le changement climatique est un obstacle incontournable de l’évolution de la faim dans le monde avec des prévisions de plusieurs millions de déplacés chaque année. Selon l’IDMC (Observatoire des situations de déplacement interne), en 2013, on recensait 22 millions de déplacés climatiques.

La situation alarmante de certains pays

Le Global Hunger Index (GIH)

L'indice de la faim dans le monde ou GIH, est l’un des outils utilisés pour déterminer, mesurer l’évolution de la faim dans le monde. Cet indice tient compte de la situation nutritionnelle de la population, celle des enfants, avec notamment la mise en évidence des carences en micronutriments (ou faim invisible). Le GIH 2014 est établi avec les données disponibles de 2009 à 2013. En conséquence, même s’il ne reflète pas la situation actuelle, le GIH donne un aperçu réel de l’évolution de la faim dans les pays. Le GIH est calculé par l’Institut International de Recherche sur les Politiques Alimentaires (IFPRI).

D’après le GIH 2014, 16 pays sont dans une situation alarmante ou extrêmement alarmante (GIH > 20.0) dont le Burundi, le Yémen, le Sierra Leone, Madagascar ou encore le Laos. On recense 39 pays en situation grave (GIH compris en 10.0 et 19.9) dont le Burkina Faso (19.9), l’Inde, le Cambodge, le Sri Lanka, le Mali, l’Irak ou encore le Bénin. Enfin, il y a 21 pays en situation « modéré » (GIH compris entre 9.9 et 5.0) comme la Mongolie, l’Equateur, le Vietnam, le Pérou et la Chine.

Les perspectives et recommandations

Mettre en avant l'agro-écologie en France

Pour Marie-Hélène Le Hénaff, sous-directrice des échanges internationaux au Ministère de l’Agriculture, de l’Agroalimentaire et des forêts, la France peut répondre au défi alimentaire via l’agro-écologie qui rend « compatible l’augmentation de la production et l’exploitation durable des ressources et espaces », une voie que Stéphane Le Foll tente de porter à la FAO (Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture) depuis 2012.

Favoriser une agriculture adaptée et diversifiée en Afrique

Pour Oumarou Tankari, conseiller en Plaidoyer et Partenariat Stratégique pour CARE Niger, les perspectives sur le court terme en Afrique de l’Ouest sont tout d'abord liées aux financements. En effet, la majorité des petits agriculteurs africains se voient recourir des prêts à des taux usuriers (parfois jusqu’à 20%) pour financer leur production. Un cercle vicieux qui ne peut les sortir durablement d’une situation précaire. Aussi, la première solution serait de pouvoir proposer des crédits sans intérêt aux agriculteurs.

La seconde recommandation vise à améliorer l’alimentation en favorisant une agriculture adaptée. En effet, que ce soit pour l’élevage, le maraîchage, ou les céréales, à chaque climat convient tel ou tel type de produit. Autrement dit, selon les sols, le climat et les ressources disponibles, les agriculteurs peuvent trouver des produits adaptés et améliorer ainsi leurs rendements et donc leurs conditions de vie. Le projet RAIN (Realigning Agriculture to Improve Nutrition) qui favorise une approche intégrée valorise la diversification de l’agriculture, est un excellent facteur de lutte contre l’insécurité alimentaire.

Sur le long terme, M. Tankari comme M. Zoundi (économiste principal agricole, administrateur principal du Secrétariat Club du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest de l’OCDE) s’accordent sur plusieurs axes d’intervention :

  • L’alphabétisation des agriculteurs. Selon M. Tankari, 75% des petits agriculteurs d’Afrique de l’Ouest sont analphabètes ce qui complique l’évolution de l’activité. L’accès à l’éducation permettrait en outre dans un second temps le développement de syndicats agricoles qui favoriseraient la mise en avant des droits des agriculteurs, leurs besoins face aux décisions politiques.

  • La reconnaissance du travail des femmes dans le milieu agricole. « Confier plus de ressources aux paysannes réduirait de 100 à 150 millions de le nombre de personnes souffrant de la faim dans le monde. »

  • Le soutien des politiques publiques. Il y a trop peu d’investissements publics, et l’agriculture ne pourra pas évoluer sans cette aide financière. La mise en avant des programmes régionaux de pastoralisme (afin de favoriser les échanges entre pays) par l’ensemble des pays d’Afrique de l’Ouest est une belle avancée qui va dans ce sens.

Je veux que les Africains sachent que l’agriculture est non seulement le fondement de l’économie, mais aussi que c’est la nouvelle tendance. Je crois que si l’on accorde l’attention nécessaire à l’agriculture, nous, les Africains, nous pourrons nous nourrir nous-mêmes, mais aussi le reste du monde.
D’bang’, chanteur nigérian


Sources :
- Indice de la faim dans le monde, le défi de la faim invisible, 2014 par ACTED, IFPRI, Welthungerhilfe et Concern Worldwide.
- Le Baromètre de la faim 2014. L'ensemble des graphiques et cartes proviennent de ce document.

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