Le Don : Quoi donner ? A qui donner ? Comment donner ?

Par le 09 décembre 2014 dans news
Acte solidaire et citoyen, le don est parfois complexe à gérer. Nous proposons d'éclaircir le sujet avec le livre

En étant lecteur de Double Sens, vous vous êtes peut être déjà confronté à quelques questions concernant le don : Que puis-je donner ? Comment dois-je donner ? A qui dois-je donner ? Le livre Le Don, une solution ? tente de répondre à toutes vos interrogations ; un point sur cet acte citoyen et solidaire qui peut peut-être vous aiguiller.

Le don matériel : Que peut-on donner exactement ?

Le don de vêtements

Ce dernier est le don en nature le plus répandu mais ne reste pas le mieux « géré » par les donateurs. En effet, facile d’accès pour une personne qui change régulièrement de garde-robe, La gestion de sa réutilisation est une véritable organisation. Sur 100 vêtements donnés au Relais (1er acteur en France dédié au recyclage textile), 3 sont jetés, 36 sont recyclés en chiffons ou en isolants, 6 sont commercialisés dans les boutiques Ding Fring, et 55 sont exportés vers l’Afrique[1].
L’impact sur le terrain est également controversé puisque la friperie coûte moins cher que la confection locale et détruit en conséquence les emplois dans le secteur de l’habillement local. Néanmoins, la friperie offre de nouveaux emplois qui favorisent la lutte contre l’exclusion puisqu’elle génère un nouveau flux économique (transporteurs, trieurs, repasseurs, tailleurs, grossistes, etc.).

Votre don de vêtements (propres et non délabrés) doit donc répondre à un besoin précis identifié par les populations locales. Informez-vous avant de faire une collecte, avant de vouloir envoyer vos vêtements à l’autre bout du monde ; Ne serait-il pas plus judicieux de faire appel à un organisme proche de chez vous, tel que le Relais, qui est spécialisé dans cette gestion ?

Les dons de livres, de jouets

L’envoi de jouets et livres est également prisé des donateurs. Pour beaucoup, ce don va permettre de vider les placards, de se désencombrer, tout en faisant plaisir à d’autres enfants. Cette réflexion, toute à l’honneur de chacun, est cependant à analyser avec précaution. En effet, l’Afrique – puisque c’est essentiellement vers les pays africains que ces dons sont dirigés – n’est pas la poubelle du monde, et cela ne sert à rien de donner des jouets cassés, abîmés, etc. En outre, s’ils sont gros, lourds, encombrants, il faut prendre en compte que l’envoi coutera plus cher étant donné que chacun est limité à 2 fois 23 kg maximum et que peu d’associations ou structures prennent ces frais à leur charge.

Autre point très important, tous les jeux et tous les livres, même en excellent état, ne serviront pas sur place. Le livre est un objet culturel et par conséquent n’est pas forcément universel. Pour prendre un exemple, un livre – même ludique – sur le stylisme eu Europe n’intéressera pas forcément un villageois béninois. Cet exemple, un peu extrême, montre l’importance que l’on doit donner à ce que l’on donne.

De la même manière, les manuels scolaires français ne correspondent pas forcément aux mêmes niveaux scolaires des enfants burkinabés, à la même pédagogie, au même projet éducatif. Il n’est donc pas très judicieux de faire don de certains livres, certains jeux, le mieux est peut-être de donner en France (hôpitaux, maisons de retraite, prisons, associations d’alphabétisation, etc.) voire de jeter dans les poubelles à papier (pour les livres) s’ils ne correspondent plus à aucun besoin.

Le don de matériel technologique

Aujourd’hui, 20 % de la population africaine est connectée à internet (l’accès reste toutefois essentiellement basé dans les pays du Nord de l’Afrique, ainsi que dans la plupart des capitales) contre près de 80 % en France. Cela donne un premier aperçu d’une différence face à l’utilisation et surtout face à l’accès au matériel technologique. Il y a effectivement des besoins sur le terrain, mais il est complétement inutile d’amener du matériel informatique là où il n’y a pas d’installation électrique, ou alors prévoir un générateur.

Autre point essentiel, le cliché « En Afrique, on peut tout réparer », n’est pas forcément vrai, en particulier pour le matériel informatique. Les nouvelles technologies ne sont pas forcément très utilisées et les personnes n’ont donc pas les connaissances techniques, ni les pièces nécessaires pour les réparer. Ces matériaux deviennent alors inutiles et vont même polluer l’environnement puisqu’il n’existe pas ou peu de centres de recyclage, les décharges ne désemplissent pas.

En somme, même pour les petites choses, telles que les batteries, souris, claviers, chargeurs, pensez bien à vérifier qu’ils fonctionnent correctement, et surtout informez-vous sur l’utilisation sur place. Autrement dit est-ce que ces matériaux sont présents sur la liste de matériel établie par les coordinateurs locaux ? Est-ce que cela correspond à une demande spécifique (ne pas créer un nouveau besoin) ? Est-ce que le matériel est en bon état, peut être directement utilisé ? Est-ce qu’il y a besoin d’un guide d’installation, d’utilisation ? Par quel moyen envoyer le matériel ? Combien cela va coûter ? Bref, autant de questions qu’il est intéressant de se poser avant de faire des collectes, des actions qui amèneront plus probablement à un stockage de matériels informatiques usagés pour une durée indéterminée, pluôt qu'à une réutilisation à l'autre bout du monde.

Le don de médicaments et matériels de santé

« Entre 1.3 et 2.5 millions de personnes n’ont pas accès régulièrement aux médicaments essentiels pour cause de pénurie, de mauvaise distribution ou de prix trop élevés. Le milieu rural où vit 75% de la population est le plus touché car les revenus y sont trop faibles pour assumer les frais de santé et les infrastructures trop mauvaises pour évacuer les malades. »

Ce constat ne signifie pas pour autant qu’il est judicieux d’envoyer, de faire don de médicaments. Nous ne sommes pas forcément pharmaciens et nos médicaments ne répondent peut être pas aux besoins du terrain.

Points à soulever : chaque pays n’a pas les mêmes besoins sanitaires, les médicaments utilisés en France ne sont pas forcément connus à l’autre bout du monde. Les notices d’utilisation seront probablement en français et non dans la langue locale. Lorsqu’il n’y a pas d’emballage, la date de péremption n’est pas vérifiable. Lorsque, sur place, le médicament ne peut être utilisé, il faut le détruire ce qui génère des frais importants …

Avant de faire don de matériel médical, de médicaments, n’oubliez pas de vous informer sur les besoins du terrain et la possible utilisation. Renseignez-vous également sur les conditions de stockage, sur les compétences sur le terrain, vous risquerez d’encombrer, d’augmenter les déchets sur le terrain.

Le don immatériel

Le parrainage d’enfant

Sensibilisés aux droits et au respect de l’enfant, certains d’entre vous privilégient le parrainage afin d’améliorer leurs conditions de vie. Cet acte, solidaire et tout à votre honneur, doit lui aussi être bien encadré au risque d’être à l’origine d’inégalités, de situations complexes non souhaitées.

En effet, tout d’abord il est important de vérifier quel est l’intermédiaire entre vous et le réceptif, autrement dit est-ce que l’organisme de parrainage est fiable, intègre et répond à un besoin du terrain. Par exemple, les sites qui proposent des parrainages à travers des photos d’enfants respectent-ils leur intégrité ? Peut-on trouver normal qu’une petite fille ou un garçon aux beaux sourires soient plus facilement parrainés qu’un enfant « pas très beau » ? On arrive ici à des situations discriminatoires qui peuvent sur le terrain créer des jalousies, des incompréhensions, des inégalités. En outre, le fait de choisir tel ou tel enfant peut sembler très malsain du côté du donateur. On ne choisit pas la couleur des yeux, des cheveux, la taille, le sourire de son enfant, pourquoi devrait-on choisir quel enfant "aura le privilège d’aller à l’école" ?

Dans ces conditions, la solution la plus respectueuse pour les enfants est de passer par un organisme fiable, qui suit chaque enfant et saura quels sont les besoins de chacun d’entre eux, quel enfant a le plus besoin de ce parrainage, etc. Les parrainages éducatifs sont par exemple une bonne idée pour soutenir la scolarisation des enfants.  Aussi, il est important de savoir que le parrainage est vraiment utile lorsqu’il est fait sur une période assez longue. En effet, parrainez la scolarisation d’un enfant pendant 2 mois ne servira pas beaucoup, alors que si vous vous engagez sur un an ou plus, l’enfant aura bénéficié d’un suivi scolaire réel, votre action aura porté ses fruits.

Faire un don en argent

Le don d’argent est très répandu en France et toujours en augmentation. Pour info, selon l’étude annuelle du CERPHI, un français donne un peu moins de 400 € par an (391 € en 2011) à des associations[2].

Simple et efficace, le don en argent est une solution plus utile que le don matériel. En faisant un don financier à une association de solidarité internationale, elle sera plus en mesure de répondre aux besoins locaux que le donateur, non spécialiste de la question. En effet, les associations ont des contacts privilégiés avec les acteurs locaux, connaissent les besoins et établissent - avec les locaux - des projets en fonction de ces besoins. En donnant de l’argent vous soutiendrez donc des actions qui répondent à des besoins précis et sont utiles sur le terrain.

Le fait de ne pas savoir où va précisément l’argent peut faire peur, ne pas mettre en confiance. Sachez qu’aujourd’hui la majorité des grandes associations (80 en 2014) ont signé la Charte de déontologie qui porte sur la bonne gestion, le fonctionnement et les méthodes de levée de fonds. Des contrôles annuels sont effectués pour des organisations[3]. Par ailleurs, en tant que donateur, vous avez la possibilité de demander les statuts de l’association, les rapports d’activité, les comptes rendus des assemblées générales, etc. Si vous souhaitez soutenir une cause particulière, informez-vous des associations existantes et renseignez-vous sur leurs actions, les résultats obtenus, le suivi des projets, etc. « Pour ne pas être déçu, le mieux est d’agir en connaissance de cause. »[4]

Donner de son temps

Même s’il n’est pas évident pour tout le monde, le don de temps est très important et à tout son sens dans le domaine associatif. Vous disposez de temps et vous souhaiteriez qu’il soit lié à une cause, qu’il soit utilisé "intelligemment" ? Pourquoi ne pas rejoindre une association qui vous parle, à laquelle vous êtes sensibilisée, et devenir bénévole. Le bénévolat ne prend pas forcément beaucoup de temps et peut être adapté à votre situation familiale et professionnelle.

Reprenons l’extrait du site de l’année européenne du volontariat :

« Véritables étapes de vie dans le parcours d’un individu, le bénévolat et le volontariat représentent une opportunité de s’engager dans des actions citoyennes et de contribuer à la réalisation de projets d’intérêt général ou d’utilité sociale, éducative et culturelle. Ils favorisent l’acquisition de savoir-être et de savoir-faire et contribuent à la création de richesses sociales, au développement de réseaux de solidarités et à l’enrichissement de la citoyenneté. »

En tant que voyageur Double Sens, que puis-je faire ?

Je participe à un voyage en mission

Avant toute chose, il est important de savoir que le don n'est pas obligatoire et que chacun est libre vis-à-vis de ce choix. Chez Double Sens, nous nous sommes positionnés en accord avec les besoins sur chaque pôle de mission émis par nos coordinateurs sur le terrain. En effet, pour les destinations africaines, des listes de matériels, mises à jour régulièrement, mettent en avant les besoins du moment, les choses qui sont utiles sur place. Ces listes sont disponibles sur demande. Nous demandons à chaque donateur de s'engager à respecter cette liste. En apportant quelque chose non-indiquée sur ce document, vous ne serez pas en accord avec les vrais besoins du terrain et pourrez être à l'origine de situations complexes sur le terrain.

Double Sens ne s'occupe pas des transferts de dons, et n'a pas de local pour stocker les dons. En ce sens, c'est à chaque donateur de suivre la logistique du transfert, c'est une véritable démarche personnelle.

Au Cambodge, le don n'est pas approprié. L'ONG locale a effectivement précisé que les dons matériels ne correspondaient pas aux besoins des populations locales. Si vous souhaitez vraiment faire un don matériel, nous vous conseillons l'achat sur place après avoir suivi les conseils du coordinateur. Dans cette situation, vous répondrez alors à un besoin précis, et soutiendrez l'économie locale.

En Equateur, le don matériel aux habitants est également vivement déconseillé. En revanche, si vous participez à la mission socio-éducative, et que vous suggérez des activités manuelles, la coordinatrice vous conseillera d'amener le matériel nécessaire pour réaliser l'activité.

La suggestion de Double Sens

Nous travaillons en partenariat avec Frères de Sens, l'association des anciens voyageurs de Double Sens. Frères de Sens finance des projets d'aide développement là où nous sommes présents grâce aux 50 € / voyageur et grâce à l'ensemble des dons d'entreprises et de particuliers. L'association travaille en contact régulier avec nos coordinateurs locaux pour connaître les besoins du terrain, les avancées des projets, les impacts sociaux, etc. Tout ce travail est réalisé par une petite équipe de bénévoles.

Si vous souhaitez développer les projets sur le terrain, soutenir notre action solidaire, ou encore développer une action pour trouver des fonds, nous vous conseillons de vous rapprocher de Frères de Sens. Vous serez alors informés des projets en cours, des futurs projets, des campagnes, etc. Vous pouvez soutenir Frères de Sens en adhérant à l'association, en faisant un don ou même en vous investissant personnellement !

 

En somme, le don est une action qui doit être réfléchie pour qu’elle soit vraiment utile. Parfois, il vaut mieux faire le choix de ne pas envoyer de matériels, de vêtements et autres dons qui ne répondraient pas à de véritables besoins, qui seraient inutilisables et voués à la déchetterie impliquant des coûts financiers pour les acteurs locaux.

Aujourd’hui, la meilleure façon d’agir concrètement sur le terrain est peut-être de faire un don d’argent à une association de solidarité internationale qui connaitra les priorités du terrain, les actions en cours. Grâce à cette association, vous pourrez alors suivre l’action, connaître l’impact sur le terrain. De plus, la majorité des dons sont déductibles des impôts (à 66% pour les particuliers), ce qui divise votre don par un peu plus de 3, ou vous donne l’opportunité d’en faire un plus important !

Pour ceux qui souhaiteraient aller plus loin sur les questions concernant le don, nous vous conseillons vivement de lire Le Don, une solution ? très intéressant et complet. L'ensemble des informations, citations et illustrations de cet article sont tirées de cet ouvrage. Un tuto a également été réalisé par Ritimo, vous pouvez le visionner sur Youtube.

 

 



[1] http://www.lerelais.org/donner.php?page=que_deviennent_vos_dons

[2] http://www.cerphi.org/etudes-et-recherches-disponibles/don-dargent-collecte-de-fond-mecenat/

[3] http://www.comitecharte.org/deontologie

[4] p 82. Chapitre 9 : Donner de l’argent ; les bons comptes font les bons amis.

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